Michael Schreier
Chroniqueur / Que viennent les mots

Du 10 septembre au 15 novembre 2009

Commissaire: Emily Falvey


sans titre, de la série Nombres en voie de disparition …, 2007–2009, impression à jet d'encre Ultrachrome sur papier beaux-arts ultrafin Epson, avec la permission de l'artiste et de la Patrick Mikhail Gallery, Ottawa

 

 

Le photographe d'Ottawa, Michael Schreier, est réputé pour son exploration poignante des limites des images et des mots. Attentif aux espaces transitoires, aux rencontres éphémères et à la poétique de la perte et de l'abandon, il nous invite à une communion presque spirituelle avec le banal. Monuments et anti-monuments, ses images lumineuses composées avec soin traitent de sujets marginaux et fugaces-détails architecturaux des salles d'exposition modernes, visages de passants croisés dans la rue, qu'elles investissent d'une tranquille majesté.

Son exposition solo, Chroniqueur/Que viennent les mots, est l'apogée d'un long travail sur l'esthétique du témoignage, surtout en rapport à sa ville natale, Vienne. Formée de deux corpus distincts mais liés-intérieurs et portraits dans la rue-, elle repose sur la puissante installation, Or-Sarua (2009), baptisée du nom de la synagogue viennoise détruite lors d'un pogrome contre les Juifs autrichiens en 1420. Inspirée des Stations de la croix : lema sabaqthani (1966) de Barnett Newman, cette oeuvre subtile est centrée sur l'escalier qui relie les vestiges de la synagogue à Nameless Library (2000) de l'artiste britannique Rachel Whiteread, le monument à l'Holocauste de la Judenplatz de Vienne.

Comme dans bien des oeuvres de Schreier, la calme élégance d'Or-Sarua voile un tumulte de rapports provocants, dont la représentation de l'Holocauste et l'abstraction américaine; les sept branches de la menorah du Temple et la Passion du Christ; toute l'histoire de la persécution juive éclipsée par l'horreur d'Auschwitz; la souffrance de Jésus comme Juif annoncée par Job. Malgré cette redoutable complexité, le but d'Or-Sarua est clair. À l'instar des Stations de la croix, elle tente de rendre visible ce que le philosophe français Maurice Blanchot a déjà appelé tout simplement « le désastre1 »-un instant d'extrême extériorité d'où jaillit l'ancienne question sans réponse : lema sabaqthani, « Pourquoi m'as-tu abandonné ? »

– Emily Falvey, commissaire de l'exposition

1 Maurice Blanchot, L'Écriture du désastre, Paris, Gallimard, 1980.

Activités

Vernissage
Le jeudi 10 septembre à 17 h 30

Rencontre avec l'artiste Michael Schreier (en anglais)
Le jeudi 1 octobre à 15 h 30