Michael Schreier
Chroniqueur / Que viennent les mots
Du 10 septembre au 15 novembre 2009
Commissaire: Emily Falvey
|
|
Le photographe d'Ottawa, Michael Schreier, est réputé pour son exploration poignante des limites des images et des mots. Attentif aux espaces transitoires, aux rencontres éphémères et à la poétique de la perte et de l'abandon, il nous invite à une communion presque spirituelle avec le banal. Monuments et anti-monuments, ses images lumineuses composées avec soin traitent de sujets marginaux et fugaces-détails architecturaux des salles d'exposition modernes, visages de passants croisés dans la rue, qu'elles investissent d'une tranquille majesté. Son exposition solo, Chroniqueur/Que viennent les mots, est l'apogée d'un long travail sur l'esthétique du témoignage, surtout en rapport à sa ville natale, Vienne. Formée de deux corpus distincts mais liés-intérieurs et portraits dans la rue-, elle repose sur la puissante installation, Or-Sarua (2009), baptisée du nom de la synagogue viennoise détruite lors d'un pogrome contre les Juifs autrichiens en 1420. Inspirée des Stations de la croix : lema sabaqthani (1966) de Barnett Newman, cette oeuvre subtile est centrée sur l'escalier qui relie les vestiges de la synagogue à Nameless Library (2000) de l'artiste britannique Rachel Whiteread, le monument à l'Holocauste de la Judenplatz de Vienne. Comme dans bien des oeuvres de Schreier, la calme élégance d'Or-Sarua voile un tumulte de rapports provocants, dont la représentation de l'Holocauste et l'abstraction américaine; les sept branches de la menorah du Temple et la Passion du Christ; toute l'histoire de la persécution juive éclipsée par l'horreur d'Auschwitz; la souffrance de Jésus comme Juif annoncée par Job. Malgré cette redoutable complexité, le but d'Or-Sarua est clair. À l'instar des Stations de la croix, elle tente de rendre visible ce que le philosophe français Maurice Blanchot a déjà appelé tout simplement « le désastre1 »-un instant d'extrême extériorité d'où jaillit l'ancienne question sans réponse : lema sabaqthani, « Pourquoi m'as-tu abandonné ? » – Emily Falvey, commissaire de l'exposition 1 Maurice Blanchot, L'Écriture du désastre, Paris, Gallimard, 1980.
ActivitésVernissage
Rencontre avec l'artiste Michael Schreier (en anglais)
|



